Notes de lecture

Rebecca Elson, poète astronome

Devant l’immense, de Rebecca Elson traduction de Sika Fakambi ed. L’arbre de Diane    

              Dans le BAAS, bulletin de l‘American Astronomic Society, du 0.1 janvier 1999, on peut lire un hommage à l’astronome et poète Rebecca Anne Elson (1960-1999), par l’astronome David J. Helfand. Si cet hommage à celle qu’il nomme affectueusement Becky, prématurément morte à l’âge de 39 ans, nous donne des détails sur sa carrière, c’est avant tout une anecdote qui attire notre attention. Comment est né Aberration, l’un des poèmes les plus mystérieux de l’unique et posthume recueil de Rebecca Elson. En quelques mots, on saisit la particularité de ce poète, et de sa poésie.     Rebecca Elson, née à Montréal, est la fille cadette du géologue et professeur John Albert Elson, et de Jeanne Bridgman. Dans l’essai « from stones to stars », qui achève l’ouvrage publié aux éditions L’arbre de Diane, on suit les aventures de la petite fille collectionneuse de pierres devenue astronome.    On saisit combien la fillette émerveillée sous le ciel étoilé vit toujours dans l’astronome distinguée.     Est-ce à dire que c’est la fillette qui écrit les poèmes, comme elle le faisait, l’été, à l’arrière du camping-car familial,  et que c’est l’adulte qui étudie les astres ?     Est-ce qu’une scientifique qui écrit de la poésie ne peut que penser la dualité entre le monde subjectif et le monde objectif, si cette division est pertinente?    Si Rebecca Elson n’ignore pas la tension entre science et poésie, elle sait aussi que cet antagonisme peut être dépassé. Ainsi l’enfant vit toujours dans l’adulte. En l’occurence, la fillette apprenti-géologue dans la femme adulte, car cette poésie est aussi une parole de femme.     Rebecca Elson est une observatrice très fine, sachant manier l’ironie, l’humour, avec délicatesse. Le vocabulaire scientifique qu’elle utilise parfois, l’est sans effet de recherche. C’est comme ça. C’est tout. C’est son monde. Car comme le raconte son collègue Helfand, c’est devant son poste de travail, tout en luttant à partir d’images pour extraire des données utiles d’un amas stellaire très dense, et surprenant le  __c’est sans espoir, ce sont des ailes__  d’un collègue excédé,  qu’est né le poème Aberration.

  Aberration

A ce qu’ils disent

Toutes les étoiles ont des ailes

Un ciel si plein d’ailes

Qu’il n’y a plus de ciel

Et l’espace d’un instant

Tu oublies

L’erreur et l’ondulation

Des traînées de lumière

Et là tu la vois

L’immense migration

Et tu entends la ruée

Le battement                                 

Rebecca Elson        

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