Notes de lecture

Bienvenue dans le monde fabuleux d’Opal Whiteley

  La souris s’appelle Félix Mendelssohn, les jumeaux chauves-souris Platon et Pline, Le cochon bien-aimé Peter Paul Rubens, le vieux cheval gris dont l’âme-comprend-tout William Shakespeare…   La rivière au bord de l’eau Journal d’une enfant d’ailleurs Opal Whiteley editions la cause des livres  
  Il y a des jours comme ça et des livres comme ça. Des livres avec lesquels on se rate pendant des années. Et puis beau un jour, en essayant de pratiquer le nouveau rituel national, le rangement, il se distingue des autres dans l’une des piles côté lit pour rejoindre la planche à repasser. C’est de là que les livres glissent le mieux dans le sac. « La rivière au bord de l’eau, journal d’une enfant d’ailleurs » d’Opal Whiteley est l’un de ces livres inclassables, insaisissables, qui parlent, sans le savoir, de la pratique de l’écriture comme salut. Sans elle, pour certains, il serait difficile de trouver un sens à l’existence. Qui n’a pas recueilli (ou kidnappé pour son bien!), enfant, un escargot dans une boîte à chaussures tapissée de feuilles de laitues, après l’avoir baptisé sommairement Eric ou Florence, pour lui confier ses soucis, aura du mal à lire ce livre. Qui n’a pas connu la solitude de l’enfance, qui, au moins une fois ne s’est pas réfugié dans un arbre bienveillant, qui n’a pas battu la campagne ou la ruelle avec son chien comme seul ami, celui-là ou celle-là, non seulement, ne croira pas à l’authenticité de ce journal, mais ne voudra rien savoir de son auteure, de son entrelacement de rêveries et de réalisme. Que Joëlle la libraire soit ici remerciée de cette découverte. L’histoire du journal d’Opal est déjà en soi toute une histoire. Comment il a été écrit, caché, déchiré par la main d’une sœur jalouse en mille fragments conservés dans une boîte, et recollés des années plus tard par l’auteure sur la demande d’un éditeur, miroir puzzle géant pendant neuf mois ? Neuf ?  
       
  Qui était cette enfant qui parlait aux bêtes, aux arbres, à toute la création, entretenant avec celle-ci une relation si étroite si confiante que l’on se croirait dans un conte de fées ou avec Saint François ?  
    Qui est Opal Whiteley ?     Qui est cette petite fille, étonnante Cosette du fin fond de l’Orégon, fermement convaincue d’être la fille du prince Henri d’Orléans ? D’où lui venaient ses références littéraires et historiques ? Qui était cette enfant qui s’était vue privée de récréation par la maîtresse quand dans une leçon de choses à la question what’s a pig? elle avait répondu a pig is a cochon, en pensant que ces gens ne savaient pas appeler les choses et les êtres par leur nom.   Qui es-tu ? Comme le demandait la chenille Absolem à Alice.   I am nobody, and you ? Comme l’écrit Emily Dickinson.   Ce journal où les voix de la nature parlent à l’oreille, où les ombres, les étoiles, le vent, sont plus proches que les adultes menaçants et injustes, est le lieu de l’aventure poétique de l’enfant. Malgré la dureté de son quotidien (composé de tâches domestiques et de raclées) rien ne semble entamer son amour, son émerveillement pour la vie. Il y a toujours un chien, un rat, un corbeau, une fourmi, un arbre pour vous consoler. Ce journal est un hymne à la nature. Toute sa vie, Opal, qui aimait celle-ci plus que tout, a voulu partager cet amour avec les enfants, avec l’enfant qu’elle était restée. Quoi ? Ou ? Quand ? Comment ? Pourquoi ? Étaient les questions que lui faisaient se poser « Ange-Mère » quand elles partaient en promenade, pour écrire ensuite ce qu’elle avait vu entendu senti… De fait, on n’y trouve rien de gratuit, ou d’anecdotique, nulle affectation.   ….Les gens du peuple des lichens parlent sur un ton gris. Je pense qu’ils disent plus de choses quand arrivent les jours d’hiver. J’entends plus leurs voix en décembre qu’en juillet ou en juin. Ange-Père m’a montré comment écouter les voix des lichens. Quantité de grandes personnes ne les entendent pas du tout. Je les vois qui marchent tout près des lichens – parfois très vite. Et tout ce temps-là les gens du peuple des lichens disent des choses. Et ce qu’ils disent, c’est ce qu’ils pensent de la joie d’un jour d’hiver. Je pose mon oreille tout contre la pierre et j’écoute. Puis je prends un roseau comme flûte. Je grimpe sur une souche -sur la plus haute souche que je trouve. Et je joue sur la flûte pour le vent ce que les lichens sont entrain de dire. Je suis joueuse de flûte pour les lichens qui demeurent sur les pierres grises et pour les lichens qui s’accrochent à ceux des arbres qui sont devenus vieux.   Best-seller lors de sa parution en 1920, il fut très vite victime d’une violente campagne de diffamation ; ce journal ne pouvait être le fait d’une enfant de six ans ; c’était une fraude littéraire. L’énigme de la naissance de l’auteur que posait le journal n’arrangea pas les choses. Opal Whiteley était convaincue d’être la fille du naturaliste français Henri d’Orléans, un prince de la famille des Bourbon-Orléans. Elle n’en douta jamais et parvint même à rencontrer, en France, sa grand-mère d’adoption, la duchesse de Chartres, Françoise Marie Amélie d’Orléans, et à se faire reconnaître d’elle. Elle passa les quarante cinq dernières années de sa vie dans un hôpital psychiatrique de Londres. « I spake as a child »    
  …Et les planches du pont grinçaient pendant que nous le traversions. Et dans leurs grincements elles disaient :  » Petite Françoise, nous avons attendu longtemps que tu traverses la rivière ! ».  Et j’ai fait faire un petit arrêt à William Shakespeare pour que je puisse dire aux planches que j’avais attendu  longtemps pour traverser. Pendant que je faisais ça, elles n’ont pas grincé. Quand on est reparti, elles ont grincé.  
    bonne lecture La libraire  

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