Notes de lecture

Bleuets de Maggie Nelson

BLEUETS*   « Ce qu’on ne te dit pas sur le blues quand il te gagne, c’est que la chute est sans fin, parce qu’il est sans fond , chante Emmylou Harris, et il se peut qu’elle ait raison. » voilà l’une des citations que l’on trouve dans le petit livre de Maggie Nelson, BLEUETS.   L’une de ces sources bleues.   Nombreux sont les fournisseurs, comme elle les nomme, qui jalonnent cette ode au bleu, cette liste (en 240 fragments) à la couleur bleu.   Un livre comme une boisson, à boire d’un trait, ou à petites gorgées.   Pour qui aime le bleu, c’est apprendre que l’on appartient à une confrérie qui s’ignore, sans autre lien que le bleu. Et qu’il n’est nul besoin de connaître les autres adorateurs, pour sentir en soi cette adorable ou violente attraction.   A chacun ses amours, ses bleus.   On y apprend que Mallarmé, au terme d’un long combat « finira par remplacer « le ciel » par « l’Azur » dans ses poèmes pour en gommer les connotations religieuses. Heureusement, je suis parfaitement mort. »   Que Derek Jarman « a rédigé son livre Chroma alors qu’il perdait la vue et mourait du sida, une disparition qu’il avait aussi envisagée dans un film, engloutie dans un écran bleu. »   Que Sainte Lucie, la patronne des aveugles, avait de si beaux yeux bleus que la convoitise des idolâtres les lui a arrachés.   A ses étudiants qui veulent balancer Tendres Boutons à travers la classe, tant ils sont excédés par sa lecture, Maggie Nelson dit que Gertrude Stein a pris en charge une question capitale « la couleur des coups ».   Car il s’agit bien de coups, dans ce texte.   Et de coupe, sectionnement, arrachement. Du bleu de l’amour tombé.   Bleu remède et Bleu poison, à chacun de trouver sa formule, son dosage.   Maggie Nelson illumine ou barbouille de bleu « la baise » comme elle l’écrit.   Il y a aussi le Blue Movie de Wharhol, ou Fuck, bleu d’une pellicule restée au soleil.   Le désastre n’est jamais loin.   « Six jours s’écoulent paisiblement/Mais le septième amènera le spleen ou le créancier. Byron »

  Pas vraiment de place ici pour mon bleu préféré :   Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers(Sensation, Rimbaud)   Mais je ne résiste pas.

  La libraire

 *BleuetsMaggie Nelson

editions du sous-sol

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