Non classé,  Notes de lecture

Brás, Bexiga et Barra Funda

Une affaire sérieuse
« Une affaire sérieuse »  

« En fin de compte, ce que voulait vraiment Alcântara Machado c’était tuer la littérature. Il l’a tuée. Bras, Bexiga et Barra Funda est le meilleur journal jamais apparu au Brésil. Il ne contient pas une goutte de littérature. »                                                                        Carlos Drummond de Andrade  

  Un petit tour au Brésil, où je retourne bientôt, se Deus quiser. J’en sais rien frère, dit mon voisin de banquette, eux-même y savent pas, faut attendre. Je suis dans le train Arles Marseille, il est 12h.34. Nous sommes en gare de l’Estaque, pour une durée indéterminée. Un colis abandonné en gare de Marseille Saint-Charles. Autour de moi chacun plonge corps et âme au fond de son portable. Je lis AMOUR ET SANG, l’une des 11 nouvelles de Brás, Bexiga et Barra Funda, d’Antonio de Alcântara Machado. Mon voisin a une moue boudeuse et un survêtement rouge étincelant. De l’écran qu’il fixe intensément s’échappe une version remixée de Carmina Burina de son doigt qui balaye l’écran. Rap, funk, violons… Il sourit. Un frère entièrement vêtu de noir, lunettes, masque, capuche, lui apporte des feuilles d’essui-main des toilettes du train afin qu’il se mouche. Good brother don’t worry this fucking train c’est qu’une merde thanks. Pendant ce temps je lis la fin de la nouvelle :        

     __ Je l’ai tuée parce que je suis devenu fou, msieu le commissaire !        Tous les journaux reproduisirent cette phrase qui fut dite en pleurant.

                 Je suis d’venu fou,                      
Msieu le commissaire !                  BIS                    
  Je l’ai donc tuée,                   
   J’peux plus rien y faire !       

  Le refrain de l’ASSASSIN PAR AMOUR ( Chanson d’actualité à chanter sur la musique du « FUBA », paroles de Spartaco Novais Panini) fit fureur dans le quartier.      
  11 nouvelles donc, du brésilien Antonio de Alcântara Machado (1901-1935) adepte convaincu du Mouvement Moderniste lancé au Brésil dans les années Vingt. 11 nouvelles dans la veine journalistique ( faits divers, actualités sportives, annonces publicitaires… ) et présentées non comme des fictions mais des informations. Chroniqueur, caricaturiste, Machado fixe à coups de traits incisifs, la société dans laquelle il évolue. Société aux figures épinglées comme des papillons inoubliables, tel Gaetanihno renversé par un tram, Carmela et la Buick, Lisetta et l’ours jaune. L’attente ne fut pas longue, le train est reparti. Les doigts longs et fins, experts, qui sortent du survêtement rouge roulent un joint aussi long et fin que ses doigts. Brás, Bexiga et Barra Funda est publié par Antoine Chareyre, L’Oncle d’Amérique traducteur-éditeur, avec suppléments savoureux, notes, bibliographie et postface. « Une affaire sérieuse »   C’est l’occasion d’aller jeter un oeil sur les pages de l’Oncle d’Amérique, https://www.loncledamerique.com/, et de découvrir le travail remarquable d’un traducteur. Encore un …
(Informations de São Paulo)

inédit en français,
éd. critique & pseudo-fac-similé

traduction du portugais (Brésil),
suppléments, notes, bibliographie
& postface
par Antoine Chareyre

mise en pages :
Chloé Garrigues Takeuchi
ISBN : 978-2-9574976-0-7
14×19 cm ● 252 p. ● 21 €
tiré à 500 ex.
mai 2021



António de Alcântara Machado

par

Di Cavalcanti




(caricature publiée dans le magazine Para Todos…,

Rio de Janeiro, n°504, 11 août 1928, p. 28)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.