Notes de lecture

Les troquets de Paris

Lire aujourd’hui Les « Troquets de Paris », de Jacques Yonnet, triple votre nostalgie. D’un Paris qui n’est plus, des troquets disparus, et de leurs descendants ou même de leurs ersatz aujourd’hui aux tristes rideaux baissés. Où allons-nous comme ça ? Est-ce que le monde que Yonnet n’a même pas dépeint  est foutu, complètement foutu ? Ce serait désastreux, car comment comprendrait-on ce que c’est qu’être saoul vraiment ?   Jacques Yonnet est connu pour « Rue des Maléfices », chronique d’un Paris secret, fantastique, dont les histoires empêchaient Raymond Queneau de dormir. Yonnet, connaissait Paris, comme seuls certains flâneurs, vagabonds sentimentaux, arpenteurs de trottoirs et de zinc. Il a récolté ses dialogues, ses personnages, en ayant ses entrées, trouvées au fil des jours, des nuits, des heures. Il n’a pas mégoté sur son temps et sur son foie.   Les éditions L’échappée proposent ici le meilleur cru de ses chroniques publiées dans L’Auvergnat de Paris, de 1961 à 1974.          
 
« Soyez à Paris, n’importe quand, et à n’importe quelles heures, mais de préférence à celles réputées apéritives, auprès du comptoir de n’importe quel bistrot. Souvent on dit des chapelles, et en vérité il y a de ça. Car on y communie, dans le sens le plus vaste et le plus humain du terme. On y communie entre gens « décontractés », placides et de bon vouloir (les pisse-froid, les snobs, et les « ceusses qu’à pas cours », on s’est compris, se réfugient en des lieux plutôt malsains et qu’il me plaît d’ignorer). On s’y confie(toujours au comptoir, pas de danger qu’on s’en débine si vite) ses petits et grands soucis, que les copains auront vite fait de placer au diapason le plus juste. On s’y raconte des choses « hénaurmes ».En trois coups de cuiller à pot, on y résout des tas de problèmes, même et surtout scabreux, sur lesquels se penchent -vainement- de malheureux bougres de savants souffrant de macrocéphalite, de sociologues retranchés (volontairement) de l’immense confrérie des « gens de tous les jours », de politicards de toutes obédiences, bardés de mépris à l’égard de la très impertinente « plèbe bistrotière », sauf pendant le temps consacré à solliciter leur mandat. En un mot au comptoir, on FRATERNISE. »

*Troquets de Paris
Jacques Yonnet
collection Lampe-Tempête
editions L’échappée

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