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Marge et Marginalité

Il est souhaitable que nous ne subissions pas à nouveau une avalanche de journaux de confinements, de tracts, de tutoriels… non que les uns et les autres soient sans intérêt, mais nous pourrions nous y habituer, comme au confinement et à ses multiples et sournoises conséquences. Ce qui devait passer, s’installe, dure. Si la sidération est derrière nous, y voit-on désormais un peu plus clair ? Dans le domaine qui me concerne, oui. Et mon domaine c’est à la fois la marge, la culture marginalisée (non marginale), la poésie, l’édition artisanale, le livre d’artiste. Mon domaine ce n’est pas l’underground, dans le sens d’une culture clandestine qui tire sa force de son extraction souterraine pour dynamiter la culture dominante et qui par ce biais se fait entendre. Non mon domaine, c’est ce qui ne se voit pas, ne s’entend pas, non par désir, mais par une volonté extérieure, subie, de plus en plus sourde, agressive. Une volonté qui ne se cache plus. Mon domaine, au sens littéral, c’est la poésie, car j’oeuvre dans un espace appelé librairie consacré à la poésie. La poésie. Il y a des jours ou ce mot pèse sur la langue le cœur et l’estomac. Il y a des jours où ce mot on voudrait en mettre un autre complètement autre à la place, qui parlerait mieux de ce qu’elle est, celle dont le nom est devenu sujet de ricanement de rejet ou d’indifférence. S’il y a eu une embellie pour la littérature pendant et après le confinement il n’y en a pas eu pour la poésie. En tout cas, pas ici, à Arles, pas dans cette librairie qui est un lieu qui porte tous les signes de la marge. A commencer par son statut associatif. Ajouter à cela des auteur-e-s inconnu-e-s, des éditeur-trice-s inconnu-e-s, des livres dont aucun média ne rend compte (ni journaux, ni télé, ni radio) et vous comprendrez pourquoi la fermeture imposée de la librairie s’apparente à une exclusion. Je ne parlerai même pas de l’aberrante ouverture des fnacs ce jour alors que les librairies indépendantes doivent rester fermer. Tout le monde est d’accord et ça gueule, et même ça ouvre ! Non, si je parle d’exclusion, de marginalisation, c’est parce qu’un lieu comme l’Archa qui ne bénéficie pratiquement d’aucune passerelle entre le lecteur et les livres qu’il représente, ne peut pas concrètement compter sur la formule du click and collect, comme une librairie généraliste. L’Archa, ouverte,  est dans la marge, et c’est aussi son caractère. On entre là, souvent par hasard, on reste longtemps, ou pas, on discute, on s’interroge, on pose des questions et on repart avec un deux trois livres dont une heure avant on ignorait encore complètement l’existence. Fermée, ça ne va plus être vraiment possible, ce dialogue là. Car même si j’étais parfaitement connectée , avec tous les outils en main, rien ne remplacerait l’épaisseur des murs, les vieilles dalles, la surprise, les livres qu’on touche, qu’on ouvre et qu’on désire soudain, même avec un masque. La librairie L’Archa ouvrira l’après-midi du mardi au vendredi de 15h à 18h, et sur RV, dans le respect des règles sanitaires. Allez fouiller dans les catalogues des editions Harpo &, Cent Pages, Les lisières, Claire Paulhan, Alidades, Jacques Brémond, Al Manar, Fata Morgana, La Barque, Les Venterniers, La Nerthe, Ypsilon, Droz, Corti, Gallimard poésie … vous pouvez aussi nous écrire, nous téléphoner, je vous conseillerai, un livre, un auteur-trice, un éditeur-trice, allez sur notre site ( que je vais mettre à jour), fouillez sur notre page facebook (elle ne parle que de livres), sur notre instagram (idem)…à très bientôt !
 La libraire
 

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