Notes de lecture

Ne suis-je pas une femme

« Ne suis-je pas une femme ? » est la question posée par Sojourner Truth, ancienne esclave, lors de son discours prononcé en 1851 à Akron, dans l’Ohio, pendant la convention des droits de la femme.   « Ne suis-je pas une femme ? » est l’essai de l’afro-féministe bell hooks (nom de plume sans majuscule de Gloria Jean Watkins), paru en 1981, sur la grande oubliée des luttes féministes : la femme noire.   « Ne suis-je pas une femme ? » est un livre conçu comme un outil de conscientisation, d’émancipation. Ne parle pas à ma place. Ne me regarde pas comme si tu en savais plus sur moi que moi-même. Laisse-moi te dire qui je suis. C’est à ton tour, maintenant, de m’écouter.   Ce livre qui réunit de nombreux documents (extraits de livres, de discours, d’articles de journaux, de publicités, de pièces de théâtres…) tire également sa force de l’ expérience personnelle.   C’est un livre qui cherche à s’adresser au plus grand nombre. Pendant la rédaction de Ain’t I A Woman ?, bell hooks fera lire son manuscrit aux femmes de ménage noires du campus où elle étudiait et à ses collègues noires de son job alimentaire, dans le but de le leur rendre accessible.   Dans son essai, bell hooks déconstruit l’image de la femme noire (entre la nounou folklorique, la mère à l’abnégation sans limite, et la putain) en croisant  les différents  rapports de domination que sont les discriminations raciales (le mot race compris au sens de construction sociale et non comme appartenance à une ethnie) , de genre et de classe.    Des pratiques déshumanisantes et planifiées de l’esclavage,_ moralement, un être qui réduit l’autre à néant, doit être bien persuadé que celui-ci n’a aucune valeur_  jusqu’à nos jours, bell hooks analyse comment la femme noire a continué à être traitée en tant que personne inférieure et cela alors même que les hommes noirs étaient mieux considérés ou du moins pouvaient prétendre l’être.   Les luttes contre l’esclavage aux Etats-Unis, luttes communes aux hommes et aux femmes noires, ne se sont-elles pas soldées par le droit de vote aux hommes  noirs alors qu’il était refusé aux femmes noires ? Ce qui avait commencé comme un mouvement de libération de toutes les personnes noires s’est transformé en la mise en place d’un patriarcat noir, où les femmes avaient des places assignées, subalternes.   Quant à l’homme blanc ou la femme blanche, il ou elle pouvait être abolitionniste et raciste, féministe et raciste.   En déconstruisant des mécanismes d’oppression beaucoup plus complexes que celui du bourreau et de la victime, bell hooks montre la complicité plus ou moins consciente des victimes avec un système qui les opprime. Son livre est la démonstration que le seul moyen de s’en libérer est d’en prendre conscience.   « Des femmes noires me demandent souvent pourquoi je m’autodéfinis comme féministe et pourquoi, en utilisant ce terme, je me rallie à un mouvement raciste. Je leur réponds : La question que nous devons nous poser encore et encore, c’est comment des femmes racistes peuvent s’autodéfinir comme féministes ? » bell hooks  

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