Notes de lecture

Une cause dansée

Une cause dansée, de Pierre Parlant

« Notre première question pour juger de la valeur d’un livre, d’un homme, d’un morceau de musique, c’est de savoir s’il y a là de la marche et, mieux encore, de la danse » (Le Gai savoir, § 366)

Autant le dire tout de suite, si ouvrant le livre de l’écrivain Pierre Parlant « Une cause dansée » pour s’installer dans un coin de sa voiture de location à la sortie de Sante Fe pour rejoindre Oraibi, l’on s’attend à le voir emprunter l’une de ces routes américaines cinématographiques se déployant comme un serpent à perte de vue, l’attente risque d’être longue. Non que le narrateur de ce périple ne roule de longues heures  sur une route réelle, dont nous avons même des aperçus, comme des tessons de terre cuite rapportés de voyage, pour jouer avec les preuves. Oui, la route existe bel et bien comme « cette traversée sur les traces de l’écrivain et historien de l’art, Aby Warburg, et du voyage qu’il fit chez les Hopis en 1895-1896 », tel qu’il est écrit sur la quatrième de couverture. Alors ? Si tout est réel, pourquoi a-t-on parfois le sentiment de quelque chose d’ hallucinatoire ? A cause de la présence d’Aby Warburg, l’homme qui parlait aux papillons, à nos côtés dans la voiture ? Mais puisque nous y sommes, pourquoi pas lui ? A cause du serpent ? De sa danse qu’on n’a pas vu, « qu’on n’aura pas pu voir » racontée à partir du témoignage d’un autre ? A cause de la question du récit qui « raconte transpose et transfigure…qui produit chez celui qui écoute une sensation apparentée à la vision »? Du langage lui-même ? De cette figure étrange de l’impossible, que Pierre Parlant nomme « l’autobiographie d’un autre » ?
Une cause dansée est un livre que l’on pourrrait facilement classer d’inclassable. Un livre dense, précis, une quête-poème.
Une cause dansée, ayant Aby Warburg comme figure tutélaire, vient clore un cycle que l’auteur a cru pouvoir nommer chemin faisant « l’autobiographie d’un autre ». Après Les courtes habitudes, Nietzsche à Nice, (Nous ,2014) et Ma durée Pontormo (Nous, 2017), le présent ouvrage se donne ainsi à lire comme l’aboutissement d’une méditation nomade dont la forme de vie de trois personnages exemplaires aura été le motif autant que le mobile. (p.12)
 

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